RSS
 

Archive for the ‘tous fichés’ Category

Demain soir à Valence (26) pour intervenir sur le thème «Facebook et les réseaux sociaux : amis ou ennemis des internautes et de leur vie privée ?»

19 nov

Je serai demain soir, mardi 20 novembre 2012, 20H à Valence (26) pour intervenir sur le thème «Facebook et les réseaux sociaux : amis ou ennemis des internautes et de leur vie privée ?»

Avec plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde, Facebook est devenu un petit Internet à lui tout seul. Bien utilisé, c’est un formidable outil de communication. Mais c’est avant tout une entreprise commerciale qui vit de la publicité et qui n’a qu’un seul objectif : siphonner un maximum d’informations.

A l’invitation de l’Université Populaire de l’Agglomération Valentinoise.

La conférence aura lieu :

- à 20H00
- au Conseil Général de la Drôme‎, Hôtel du département
26 Avenue du Président Herriot, 26026 Valence


View Larger Map

 

Instagram : pourquoi Facebook s’offre un album-photo à 1 milliard de dollars

10 avr

Hier Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a lui-même annoncé que son réseau social allait racheter Instagram, un site de partage de photos pour mobiles, pour 1 milliard de dollars (764 millions d’euros).

Cette acquisition entre parfaitement dans la stratégie de développement de Facebook que j’ai décrite dans mon livre « Silicon Valley / Prédateurs Vallée ? Comment Apple, Facebook, Google et les autres s’emparent de nos données« .

Dans cette enquête, je détaille le modèle économique de Facebook, basé sur la publicité ciblée et donc sur la nécessité pour cette entreprise d’accumuler le plus d’informations sur chacun d’entre nous en vue de connaître nos centres d’intérêts.

Cette stratégie met le réseau de Mark Zuckerberg :

  1. en concurrence frontale avec Google, dont le modèle économique est similaire et qui a lancé l’an dernier son propre réseau social, Google + ;
  2. dans l’obligation de développer ses services sur mobiles, car de plus en plus d’internautes utilisent Facebook à partir d’un smartphone ou d’une tablette : déjà sur 845 millions d’abonnés, la moitié s’y connecte depuis un « appareil mobile »
  3. dans la nécessité de pousser plus loin encore l’analyse des photos que nous publions. 250 millions de photos sont publiées tous les jours sur Facebook. Nous écrivons de moins en moins de textes sur le réseau social, mais nous y publions toujours plus de photos, en particulier à partir de notre téléphone portable. Cela signifie que si Facebook veut continuer à cerner nos centres d’intérêt (et, donc, pouvoir nous envoyer des publicités personnalisées), l’entreprise doit analyser ce qui se passe dans nos clichés : où ont-ils été pris, qui y figure, quelles marques apparaissent…

Le rachat d’Instagram cadre parfaitement avec cette stratégie et explique sans doute pourquoi Facebook a accepté de débourser 1 milliard de dollars pour une start-up qui n’a ni chiffre d’affaires, ni bénéfice, emploie une quinzaine de personnes, mais compterait une trentaine de millions d’utilisateurs dans le monde :

  1. jusqu’à la semaine dernière, Instagram n’était disponible que sous la forme d’une application pour les iPhone d’Apple. Mais début avril, la jeune pousse a sorti une application tournant sur les téléphones portables équipés de Google Android, le système d’exploitation pour smart phones mis au point par Google. Le géant de Mountain View, à la recherche de leviers pour accélérer le développement de Google +, s’intéressait, lui aussi, à Instagram. Mark Zuckerberg a sans doute voulu couper l’herbe sous le pied à son grand rival ;
  2. Instagram va permettre au célèbre réseau social d’enrichir instantanément son offre de services pour ses utilisateurs de téléphone mobile ;
  3. l’analyse des photos : Instagram fonctionne sur des smartphones (iPhone, Google Android) dotés de GPS qui enregistrent automatiquement l’endroit où a été prise la photo ; le filtre choisi pour retoucher les clichés pourrait peut-être en dire beaucoup sur l’humeur du moment de l’utilisateur ;
  4. Mark Zuckerberg et Kevin Systrom, le patron d’Instagram, se sont engagés à maintenir Instagram comme un service indépendant de Facebook, grâce auquel nous pourrons continuer à partager nos photos avec les abonnés d’autres réseaux sociaux (Twitter…). Facebook pourra-t-il se servir d’Instagram comme d’une sorte de Cheval de Troie pour espionner nos agissements sur les autres réseaux ?  Les règles de confidentialité d’Instagram précisent que la start-up peut partager nos informations personnelles avec des entreprises « partenaires » ou « associées » : «Instagram discloses potentially personally-identifying and personally-identifying information only to those of its employees, contractors and affiliated organizations that (i) need to know that information in order to process it on Instagram’s behalf or to provide services available at Instagram’s websites, and (ii) that have agreed not to disclose it to others.*»

*Source : http://instagram.com/legal/privacy/

 

Cookie : une loi impossible à faire appliquer ?

28 fév

J’ai publié ce matin dans Les Echos une enquête sur les cookies et la publicité comportementale.

En effet, depuis le 24 août 2011, une ordonnance du gouvernement français – transposition de directives européennes, dites Paquet Télécom – exige des sites Web qu’ils demandent l’accord des internautes avant de leur installer un cookie, un petit logiciel espion, sur leur ordinateur…

Mais pour l’instant, à l’exception de quelques sites officiels, rien n’a changé.

Pourquoi ?

Pour en savoir plus, cliquez ici pour accéder à mon article sur Les Echos.fr :

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/innovation-competences/technologies/0201900218267-pub-en-ligne-le-casse-tete-des-cookies-295383.php

Mon enquête comprend également un encadré sur « Les petits arrangements de Google« , qui explique pourquoi le célèbre moteur de recherche a modifié ses règles de confidentialité.

Si vous souhaitez connaître la liste des cookies et autres logiciels espions qui sont installés sur votre navigateur par les sites Internet que vous visitez, vous pouvez équiper votre navigateur Chrome, Firefox, Internet Explorer, Mobile iOS, Opera ou Safari de l’extension Ghostery (téléchargeable sur www.ghostery.com). Voici, par exemple, les sept éléments installés par le site du New York Times.

Pour l’instant, seuls quelques sites officiels français, comme celui de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) – illustration ci-dessous -, respectent l’ordonnance française et demandent l’accord des internautes avant d’installer un cookie sur leur ordinateur.

 

Nouveau livre : Silicon Valley / Prédateurs Vallée ?

16 nov

Silicon Valley / Prédateurs Vallée ?

Ou comment Apple, Facebook, Google et les autres s’emparent de nos données

Editions Télémaque, 124 pages, novembre 2011, 13,50 euros

La Silicon Valley serait-elle devenue la Vallée des Prédateurs ?


Google enregistre tout ce que nous consultons à partir de son moteur de recherche et peut nous suivre à la trace sur les sites Internet dont il gère la publicité.


«Google pourrait bientôt en savoir plus sur nous que la CIA et le fisc réunis : la surface de notre chambre à coucher, les livres que nous achetons, les messages que nous échangeons, ce que nous sommes susceptibles de penser avant de prendre une décision», prédit Robert Darnton, professeur émérite à l’université de Princeton, président de la bibliothèque de l’université d’Harvard.


Facebook peut repérer ses utilisateurs qui arrivent sur n’importe quelle page Internet doté d’un bouton «J’aime».


« Facebook est l’entreprise la plus terrible dans le monde quand il s’agit de la vie privée», prévient Chip Pitts, avocat international, qui enseigne les droits de l’homme et les affaires internationales à Stanford et Oxford.

Dans cette enquête réalisée en Californie et en France, Jacques Henno explique comment les entreprises de la Silicon Valley sont véritablement en train de siphonner nos données. Elles mettent tout en œuvre pour accumuler des informations sur chacun d’entre nous. Elles s’en servent pour nous envoyer des publicités extrêmement ciblées, nous vendre des produits ou surveiller nos achats… et du même coup garder un œil sur notre vie privée ! Où va s’arrêter cette collecte d’informations de plus en plus insidieuse et insatiable ? Pouvons-nous y résister ?

Que va-t-il se passer quand, demain, les entreprises de la Silicon Valley auront accès à notre ADN ?

Et quand, en France, les partis politiques, utilisant peut-être les outils mis au point par RapLeaf, une entreprise de San Francisco, pourront nous envoyer des messages ciblés en fonction de nos centres d’intérêt ?

Une enquête fouillée, une livre de prospective socio-économique, des conseils pratiques… à lire de toute urgence. Avant qu’il ne soit trop tard, pour vous et pour vos enfants !

SOMMAIRE DU LIVRE

Cliquez ici pour lire le sommaire complet du livre

SOURCES DU LIVRE

Cliquez ici pour consulter les sources qui ont été utilisées pour rédiger cette enquête.



OU ACHETER CE LIVRE ?


Sur Amazon.fr


Sur Decitre.fr

SUPPLEMENTS INTERNET AU LIVRE


Cliquez ici pour accéder à plus d’informations sur l’histoire de la Silicon Valley, Google, Facebook, Yahoo!, les cookies, la législation américaine…


ERRATA


Cliquez ici pour accéder à la description des deux erreurs que comporte cet ouvrage.


 

Mon nouveau livre bientôt en librairie

28 oct

Le 4 novembre chez votre libraire

SILICON VALLEY / PREDATEURS VALLEY ?

COMMENT APPLE, FACEBOOK, GOOGLE ET LES AUTRES S’EMPARENT DE NOS DONNEES.

Les géants de la Silicon Valley sont véritablement en train de siphonner nos données. Plusieurs sociétés de la « Vallée des Prédateurs » s’intéressent même dejà à notre ADN… et proposent un véritable décryptage de notre génome par correspondance…
A quelles fins ?

Au cours d’une enquête minutieuse et passionnante, en Californie et en France, Jacques Henno a suivi à la trace les géants de la Silicon Valley : Apple, Facebook, Google et les autres.
Ces firmes mettent tout en oeuvre pour accumuler des informations sur chacun d’entre nous. Elles s’en servent pour nous envoyer des publicités extrêmement ciblées, nous vendre des produits ou surveiller nos achats… et du même coup garder un oeil sur notre vie privée !

Où va s’arrêter cette collecte d’informations de plus en plus insidieuse et insatiable ? Pouvons nous y résister ?

Biographie de l’auteur

Jacques HENNO est journaliste indépendant. Il a réalisé de nombreuses enquêtes sur Internet et les nouvelles technologies pour CAPITAL, WEB MAGAZINE, et pour le quotidien LES ECHOS.

 

Dossier Médical Personnel – Le plus dure reste à faire : convaincre les médecins

27 oct

J’ai publié ce matin dans le quotidien Les Echos une enquête sur le DMP (Dossier Médical Personnel), un projet lancé en 2004 et qui commence à peine à voir le jour…

«Le DMP (dossier médical personnel) est enfin une réalité : tout Français, titulaire d’une carte Vitale, peut, en théorie, demander à un professionnel de santé (médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, dentistes, infirmiers…) de lui en créer un. C’est un service public, gratuit et facultatif : ne pas avoir de DMP ne modifie pas l’accès aux soins, ni leur remboursement. Depuis avril 2011, plus de 24.000 personnes ont demandé l’ouverture de leur dossier - dont l’auteur de ces lignes… De l’aveu même des concepteurs du système, la montée en puissance sera longue…» Pour lire la suite sur le site du quotidien Les Echos, cliquez ici :

http://www.lesechos.fr/innovation/medecine-sante/0201688922700-les-debuts-timides-du-dossier-medical-personnel-240064.php

Cet article comporte également un encadré intitulé «Ouvrir un DMP, mode d’emploi» : http://www.lesechos.fr/innovation/medecine-sante/0201688922859-ouvrir-un-dmp-mode-d-emploi-240161.php

 

Les zones d’ombre du paiement mobile sans contact

31 mai

J’ai publié ce matin dans le quotidien Les Echos une enquête sur les dangers que représente la technologie NFC pour notre vie privée : http://www.lesechos.fr/innovation/technologies/0201402409364-les-zones-d-ombre-du-paiement-mobile-sans-contact-170568.php

 

Les tests génétiques, un marché d’avenir ?

20 jan

J’étais en novembre dans la Silicon Valley (Californie, Etats-Unis) pour préparer, entre autres, une enquête sur l’industrie des tests génétiques. Mon article a été publié ce matin dans les Echos : http://www.lesechos.fr/innovation/medecine-sante/0201071116713.htm

Il comporte deux encadrés :

Le coût du séquençage en chute libre : http://www.lesechos.fr/journal20110120/lec1_innovation/0201071116875.htm

La confidentialité des données en question : http://www.lesechos.fr/innovation/medecine-sante/0201071116809.htm

 

Participation le mardi 21 septembre 2010, à 20h, au débat : «Internet : la fin de la liberté ?».

23 août

Collège des Bernardins Photo : some rights reserved to dm1795'

A l’invitation des Mardis des Bernardins, je participerai le mardi 21 septembre 2010, de 20h à 21h45, à un débat sur le thème : «Internet : la fin de la liberté ?».

http://www.collegedesbernardins.fr/index.php/rencontres-a-debats/mardis-des-bernardins/internet-la-fin-de-la-liberte-.html

«Internet, ce prodigieux réseau ouvert à tous, constitue un potentiel extraordinaire mais est aussi une menace pour nos libertés individuelles et pour la sécurité des personnes. Cybercriminalité, réseaux terroristes, services d’espionnage… Entre liberté et sécurité, que faire ?»

Avec la participation de, outre moi-même :

• Jean-Pierre Beaudoin, groupe i&e ;

• Daniel Martin, fondateur du Cybercrim Institute.

Informations : 01.53.10.74.44

Tarifs Normal : 5 € Tarif Réduit : 3 €

Gratuit pour les moins de 26 ans, dans la limite des places disponibles.

Tarif réduit pour les demandeurs d’emploi, bénéficiaires des minima sociaux (sur présentation d’un justificatif).

Réservez votre place sur http://www.collegedesbernardins.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=90

Collège des Bernardins 20 rue de Poissy- 75005 Paris

 

L’Amérique construit sa cyber « ligne Maginot »

28 jan

Pour lutter contre le terrorisme visant son territoire, le gouvernement américain s’est lancé dans d’impressionnants développements informatiques. Certains doutent de leur efficacité et craignent pour les libertés publiques.

ENGLISH

Il y a un peu plus d’un mois, au moment de Noël, le gouvernement français, alerté par les agences de renseignement américaines, annulait six vols d’Air France pour Los Angeles. En croisant les fichiers des passagers avec leurs bases de données, les services secrets de Washington croyaient tenir un suspect. Il y aurait eu en fait une homonymie : le nom d’un terroriste aurait été mal transcrit, puis confondu avec celui d’un voyageur. Cette erreur illustre les difficultés que pose l’incroyable défi technologique relevé par Washington, à coups de centaines de millions de dollars : développer des systèmes informatiques capables de détecter à l’avance toute action d’Al-Qaida.

Ce programme repose sur un postulat tactique et technique. Il s’agit d’abord d’appliquer à la lutte antiterroriste une méthode déjà utilisée contre d’autres formes de criminalité, en particulier le blanchiment d’argent sale : identifier les criminels grâce aux messages qu’ils doivent échanger entre eux et avec des prestataires (banques, compagnies aériennes, hôtels, etc.). « Les transactions commerciales doivent être exploitées pour découvrir les terroristes, insiste un responsable du département américain de la Défense. Ces gens émettent forcément un signal qu’il nous faut capter parmi les autres transactions. C’est comparable à la lutte anti-sous-marins où il faut repérer les submersibles au milieu d’un océan de bruits. »

La seconde conviction est technologique : les outils informatiques seront bientôt assez puissants pour analyser tout ce qui se trame dans le monde. Aux Etats-Unis, dont l’histoire est jalonnée de prouesses techniques, des chemins de fer transcontinentaux aux navettes spatiales, penser cela n’a rien de surprenant. « La confiance dans la technique est une des caractéristiques du peuple américain, rappelle Guillaume Parmentier, directeur du Centre français sur les Etats-Unis, affilié à l’Ifri (Institut français des relations internationales). C’est encore plus vrai dans les cercles gouvernementaux proches des milieux d’affaires. Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, croit que l’on peut tout résoudre par la technologie. »

Un chercheur en informatique connaissant bien les services de renseignement américains estime la chose techniquement possible : « Cela n’a rien d’une chimère. Avec Echelon, leur réseau d’antennes géantes, les agences fédérales sont capables d’intercepter la plupart des messages échangés dans un pays sous une forme numérique. Certes, après, il faut tout transcrire et trier… Mais ces experts savent déjà analyser toutes les émissions de télé ou de radio diffusées aux Etats-Unis, avec 20 % d’erreur. Alors, faire une sorte de « Google » des écoutes, en indexant toutes les communications électroniques échangées dans le monde, ce n’est plus de la science-fiction. »

Dans cette énorme machinerie, l’identification des passagers est le problème le moins difficile. Le gouvernement fédéral va investir 710 millions de dollars dans le programme US-Visit (United States Visitor and Immigrant Status Indicator Technology), qui va permettre de vérifier, grâce à la biométrie, les empreintes des touristes en possession d’un visa. Et un système de présélection des passagers par ordinateur, Capps 2 (Computer Assisted Passenger Pre-screening System 2), est en test dans quelques aéroports. Il rassemble les données disponibles sur les voyageurs et attribue à ces derniers un code couleur en fonction de leur dangerosité estimée. Coût : plus de 164 millions de dollars.

Pour que ces systèmes déclenchent l’alarme à bon escient, ils doivent être alimentés en informations fiables. Chaque logiciel impliqué dans la chaîne du renseignement doit être revu. Il faut traduire des informations d’origines très diverses : fournies par les gouvernements alliés, remises gracieusement (c’est le cas des fichiers des lignes aériennes) ou contre paiement par des entreprises commerciales, ou encore interceptées par Echelon. Puis, il faut agréger ces données éparpillées entre plusieurs dizaines d’agences (sécurité intérieure, affaires étrangères, défense…), les croiser et analyser le tout. « C’est du datamining, mais appliqué à une masse d’informations inimaginable, explique Serge Abiteboul, spécialiste de la gestion de données de très gros volume à l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique). La « fouille de données » peut permettre de découvrir des informations intéressantes sans savoir a priori où celles-ci se trouvent, ni même exactement à quoi s’attendre. » Elle révèle ainsi des schémas de comportement auxquels on n’avait pas a priori pensé, et permet de s’en servir ensuite de manière prédictive. Or, quelques-uns des meilleurs experts en datamining sont justement aux Etats-Unis, en particulier chez IBM.

Dans l’ombre, les chercheurs de dizaines d’entreprises ou de laboratoires universitaires travaillent ainsi à la mise au point d’un système de surveillance de la planète. La société Language Weaver affûte des logiciels de traduction plus fiables, tandis que le CNLP (Center for Natural Language Processing), de l’université de Syracuse (Etat de New York), peaufine un programme qui apprend à identifier les comportements suspects. A Atlanta, Nexidia planche sur les données audio-vidéo. Dans la Silicon Valley, Inxight améliore l’agrégation des informations. Andrew More et Jeff Schneider, de l’université Carnegie-Mellon, à Pittsburgh, combinent probabilités et datamining. En Virginie, la firme SRA International travaille sur l’extraction de données, etc.

Le financement ? Aucun problème. Depuis le 11 septembre 2001, les fonds publics consacrés à ces recherches ont été démultipliés. Et les investisseurs privés voient là un bon moyen de concilier patriotisme et business. « En 2004, rien qu’en recherche-développement, les agences fédérales vont consacrer plus de 3,5 milliards de dollars à la sécurité intérieure, c’est-à-dire à l’antiterrorisme », a calculé Serge Hagège, attaché pour la science et la technologie à l’ambassade de France aux Etats-Unis.

Dans le privé, une mini-bulle spéculative s’est même formée autour de ces activités de surveillance. « Toutes les entreprises qui travaillent dans le datamining ont le vent en poupe », confirme Timothy Quillin, analyste financier chez Stephens, une banque de gestion de portefeuilles et un des rares spécialistes de l’informatique de défense et de sécurité. En Bourse, les investisseurs parient sur les groupes proposant des solutions complètes aux agences fédérales. En 2003, SRA International a ainsi vu son action progresser de 40 %.

Mais cette fièvre sécuritaire a également contaminé le capital-risque, qui a vu éclore des fonds voués à la défense et à la sécurité. Modèle du genre ? Le Homeland Security Fund, de Paladin Capital Group, à Washington, qui finance la protection des réseaux informatiques et des logiciels ou l’analyse de fichiers audio et vidéo. Or, deux des patrons de Paladin connaissent bien les besoins des services secrets : James Woolsey a dirigé la CIA et Kenneth Minihan, la NSA (National Security Agency).

Des chercheurs motivés, de l’argent à profusion… En dehors des problèmes de faisabilité technique, il semble n’y avoir qu’un obstacle à la construction de cette cyber « ligne Maginot » autour des Etats-Unis : les associations américaines de défense des droits de l’homme (lire page suivante). Sous leur pression, le gouvernement a renoncé à son projet initial : mettre en fiches l’humanité ou presque. L’IAO (Information Awareness Office), dirigé par l’amiral John Poindexter et doté d’un budget de près de 600 millions de dollars sur quatre ans, devait développer le projet Total Information Awareness (TIA), un gigantesque système capable d’accumuler des informations sur n’importe quel individu.

En septembre dernier, le TIA a été officiellement arrêté devant l’inquiétude du Congrès, et les agences de renseignement ont interdiction d’utiliser ce qui existait déjà du projet pour espionner des citoyens américains aux Etats-Unis. Dans le même temps, l’IAO a disparu des organigrammes. Mais la retraite du gouvernement n’a été qu’une stratégie de façade. « Les composantes du TIA ont été dispersées entre différentes agences fédérales », estime Steven Aftergood, responsable de la mission « Secret d’Etat » au sein de la FAS, la Fédération des scientifiques américains (3.000 personnalités, dont 50 Prix Nobel). Et, comme par hasard, l’Arda (agence de recherche des services secrets américains) finance actuellement un programme, NIMD (Novel Intelligence from Massive Data), très proche du TIA…

Dernier épisode en date : la semaine dernière, George W. Bush a profité de son discours sur l’Etat de l’Union pour appeler les législateurs à renouveler certaines clauses du Patriot Act. Ces clauses, qui concernent la surveillance des communications électroniques des individus, étaient censées expirer fin 2005.

Jacques Henno (article paru dans le quotidien Les Echos le 28 janvier 2004)