Les publicités Facebook ciblent nos préférences sexuelles !

Vous vous intéressez à la zoophilie ou à la cocaïne ? Vous intéressez Facebook !


Facebook propose de cibler les publicités en fonction de notre intérêt pour certaines pratiques sexuelles ou pour les drogues !


Aimeriez-vous recevoir une publicité parce que Facebook vous a identifié(e) comme quelqu’un intéressé par le «sexe», le «sexe oral», le «sexe anal», le «sexe sans pénétration», l’«homosexualité », l’«homosexualité ou les réfrigérateurs» (sic), la «zoophilie», la «nécrophilie», l’«exhibitionnisme», la «masturbation», la «prostitution», le «triolisme», la «drogue», la «cocaïne , le «cannabis» ou la «méthamphétamine» ?

Normalement, ces pratiques relèvent de la plus stricte intimité et non pas à être associées à des publicités. La plupart des concurrents de Facebook s’interdisent d’ailleurs de cibler les internautes en fonctions de leurs préférences sexuelles. Google précise ainsi : «Nous n’associons aucune catégorie de centres d’intérêt sensible à vos cookies ou identifiants anonymes (comme l’origine ethnique, la religion, l’orientation sexuelle, l’état de santé ou toute catégorie de données confidentielles d’ordre financier) ni ne prenons en compte ces catégories lors de la diffusion d’annonces par centres d’intérêt.»*

Et bien, sur Facebook, au contraire, c’est possible !

Lundi 14 mai 2012, en début d’après-midi, je préparais des saisies d’écran pour une conférence que j’allais donner devant des parents le soir même à Saint-Omer (Pas-de-Calais) sur le thème des réseaux sociaux. Je voulais montrer avec quel degré de précision il est possible de cibler l’audience des publicités sur Facebook. Par exemple, s’adresser aux moins de 18 ans habitant dans un rayon de 80 kilomètres autour de Saint-Omer et s’intéressant au Coca-Cola. Alors que je tapais les lettres « Coc… », au lieu du Coca, Facebook m’a suggéré « Cocaïne » comme centre d’intérêt précis, ainsi que «méthamphétamine» et  «masturbation».

Surpris, et pris par la préparation de mon intervention du soir, j’en restais là. Mais dès le mardi matin, je retournais dans l’outil qui permet, à n’importe quel utilisateur de Facebook, d’élaborer ses propres publicités sur ce réseau social. Et je tapais d’autres mots-clés suggérant des habitudes qui ne regardent que nous. Puis, je réalisais les saisies d’écran suivantes, qui prouvent, que, selon Facebook, il est possible d’envoyer une publicité aux 30 980 Français majeurs qui ont exprimé des intérêts proches de la « cocaïne ». Ou aux 3 420 qui ont exprimé des intérêts proches de la «zoophilie» ou de la «nécrophilie».

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En effet, Facebook précise (voir saisie d’écran ci-dessous) qu’il propose deux types de centres d’intérêt : les sujets précis, par exemple « sexe » ou « triolisme », qui ne ciblent que les personnes utilisant les termes « sexe » ou « triolisme » ; et ceux précédés d’un # (#oral sex, #anal sex, #necrophilia, #zoophilia…) correspondant à des utilisateurs ayant utilisé des termes proches de ceux sélectionnés.Pour en avoir le cœur net, j’ai suivi la procédure jusqu’au bout et j’ai investi 4 euros dans la création d’une publicité qui sera diffusée par Facebook aux 9 420 internautes «ayant exprimé [toujours selon Facebook] des centres d’intérêts proches» de la «zoophilie», de la «nécrophilie», de l’«exhibitionnisme», du «fétichisme sexuel», de l’«héroïne», de la «méthamphétamine». Facebook m’a même proposé d’étendre l’audience de ma publicité aux personnes ayant des centres d’intérêts proches de la «pédophilie» (voir saisies d’écran ci-dessous) !Deux questions se posent alors : tout d’abord, comment Facebook peut-il s’autoriser à cibler les internautes en fonction de leurs préférences sexuelles telles qu’elles apparaissent sur le réseau social ou de leurs intérêts pour certaines drogues?

Et ensuite, comment, précisément, Facebook a-t-il déterminé que certains internautes ont exprimé des intérêts proches de l’homosexualité, de la masturbation, etc ? Quels mots ont été utilisés ? Ce ciblage est-il fiable ?

On peut espérer qu’aucun annonceur ne sera tenté de cibler des internautes en fonctions de leurs intérêts – ces «intérêts», je le précise une fois de plus, ayant été déterminés par Facebook selon une méthode que l’on ne connaît pas – pour certaines pratiques sexuelles ou pour des drogues.

Mais ce ciblage pourrait intéresser d’autres organismes  :  la police peut-elle, sur ordre d’un magistrat, réquisitionner les fichiers de Facebook pour connaître l’identité des internautes ayant affichés sur Facebook des centres d’intérêts proches de pratiques illégales (nécrophilie…) ou de substances illégales (cocaïne) ?

J’ai transmis ces informations à la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) et à Facebook. J’attends leurs réactions.

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